11/09/2013

Le Bangladesh veut poursuivre l'inventeur du micro-crédit pour irrégularités fiscales

  
12 septembre 2013

New Delhi Correspondant
Le conflit entre Dacca et Muhammad Yunus s'exacerbe

L'offensive du gouvernement du Bangladesh contre Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix (2006) et pionnier du microcrédit, a franchi un nouveau palier. Lundi 9 septembre, un officiel a annoncé à Dacca, la capitale bangladaise, qu'une action judiciaire allait être intentée contre M. Yunus pour " irrégularités fiscales " à l'époque où celui-ci dirigeait la Grameen Bank, l'institution de microcrédit qui lui a valu la notoriété et dont le modèle de lutte contre la pauvreté a essaimé à travers le monde.
Il lui est reproché de ne pas avoir déclaré aux autorités 506 millions de takas (4,8 millions d'euros) de revenus personnels gagnés à l'étranger - honoraires de conférences, recettes des livres, prix divers - entre 2004 et 2009. Soit un manque à gagner pour l'Etat de 126 millions de takas, a dénoncé le secrétaire général du cabinet, Mohammad Bhuiyan. M. Yunus a récusé l'accusation, arguant que l'exemption fiscale dont il a bénéficié était conforme à la législation existante.
L'initiative du pouvoir n'est que le dernier épisode d'une âpre partie de bras de fer entre le gouvernement de Dacca et le " banquier des pauvres " qui jette le trouble à l'étranger, en particulier dans le monde du microcrédit.
Depuis maintenant deux ans et demi, le pouvoir de Sheikh Hasina, la fille du " père de la nation " Sheikh Mujibur Rahman - héros de l'indépendance de 1971 - ne cesse de chercher noise à M. Yunus sous divers prétextes qui tiennent, selon les analystes, davantage à une rivalité personnelle qu'à de graves irrégularités dans la gestion de Grameen Bank.
Bataille juridique
En mai 2011, le Prix Nobel, alors âgé de 70 ans, avait dû démissionner de la tête de la banque au motif (subitement découvert) qu'il avait dépassé de dix ans l'âge requis (60 ans) pour un directeur exécutif. Evincé, M. Yunus n'en a pas moins continué d'exercer une influence profonde sur la marche de l'institution grâce au conseil d'administration, resté fidèle.
Au printemps, le gouvernement a relancé les hostilités. Une commission appointée par le pouvoir pour réfléchir à l'avenir de Grameen a rendu un rapport préconisant un démembrement de la banque en dix-neuf entités et une montée en puissance de la part de l'Etat dans le capital à 51 % (jusque-là inférieure à 5 %).
Les partisans de M.Yunus soupçonnent le gouvernement de vouloir mettre la main sur l'empire économique que représente Grameen qui, outre son activité historique de prêts aux pauvres, a investi dans des secteurs très lucratifs (télécommunications, énergie...).
La bataille juridique entre M.Yunus et le pouvoir porte sur la nature de Grameen Bank. Le Prix Nobel la tient pour une banque privée, certes créée en 1983 par une ordonnance gouvernementale ad hoc. Sheikh Hasina et son équipe la considèrent comme une banque publique.
Au-delà de cette controverse, qui n'était pas apparue avant 2011, le véritable contentieux est politique. Selon les observateurs, Sheikh Hasina chercherait à saper l'influence de M. Yunus, auquel elle prête des ambitions politiques.
Frédéric Bobin
© Le Monde

Le gaspillage alimentaire à l'origine d'un gâchis écologique


 12 septembre 2013

Une étude des Nations unies évalue l'impact environnemental des pertes de produits agricoles




Les pertes agricoles et alimentaires coûtent chaque année à la planète l'équivalent de trois fois le lac Léman en eau gaspillée et occupent inutilement un tiers de sa surface agricole. La production de ces denrées non consommées provoque autant d'émissions de gaz à effet de serre que les Etats-Unis ou la Chine en six mois.
Pour rien. Dans un rapport publié mercredi 11 septembre, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) étudie les impacts environnementaux, jusqu'à présent peu connus, de cet immense gâchis. Environ 1 600 milliards de tonnes de produits alimentaires sont perdus chaque année dans le monde, soit un tiers de ce qui est produit.
" L'empreinte carbone de la nourriture produite mais jamais consommée est estimée à 3 300 milliards de tonnes de CO2 ", affirme le rapport, un chiffre qui représente à peu près la moitié des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis ou de la Chine. La production de ces denrées gaspille annuellement 250 km3 de ressources en eau et occupe 1,4 milliard d'hectares.
750 milliards de dollars
Ce gâchis est évalué à 750 milliards de dollars (565 milliards d'euros) en coûts directs par la FAO, qui rappelle que la réduction des pertes agricoles et alimentaires pourrait largement contribuer à atteindre l'objectif d'augmentation de 60 % des denrées disponibles pour répondre aux besoins de la population mondiale en 2050. Selon la FAO, 54 % des pertes sont enregistrées dans les phases de production, de récoltes et de stockage. Le reste relève du gaspillage alimentaire au sens propre, au stade de la préparation, de la distribution ou de la consommation. Dans les pays riches, c'est ce dernier type de pertes qui domine.
Les experts ont cherché à déterminer quels étaient les régions du monde et les produits agricoles responsables des plus importants impacts environnementaux liés aux pertes alimentaires. " Les pertes de céréales en Asie apparaissent comme un point chaud environnemental significatif ", tant pour leur bilan carbone que pour leur consommation en eau et leur utilisation de terres arables, conclut le rapport. Cela est dû notamment aux importants volumes de production en Asie du Sud et de l'Est, ainsi qu'au poids de la riziculture, qui émet de fortes quantités de méthane. Les pays riches et l'Amérique latine sont à l'origine de 80 % des pertes en viande, qui " ont un impact élevé en termes d'occupation des sols et d'empreinte carbone ", poursuivent les auteurs. Les pertes de fruits en Asie, en Amérique latine et en Europe comptent parmi les principaux responsables du gaspillage de l'eau.
Pour remédier à cette situation, la FAO préconise l'amélioration des pratiques agricoles ainsi que des infrastructures de stockage et de transport dans les pays en développement. Elle estime que les pays riches ont " une responsabilité majeure en matière de gaspillage alimentaire en raison de leurs modes de production et de consommation non durables ".
Gilles van Kote
© Le Monde

30/07/2013

Conforter la démocratie, unifier le Mali : le président élu aura fort à faire


31 juillet 2013



A Sévaré, le décompte des bulletins de vote sous le regard des observateurs.
SYLVAIN CHERKAOUI/COSMOS POUR " LE MONDE "
Le bon déroulement du scrutin malien ne masque pas l'ampleur des défis à venir




Il n'y a pas eu de violences lors du premier tour de l'élection présidentielle au Mali, dimanche 28 juillet. Voici déjà une bonne raison de se féliciter. A ce stade, les attentats annoncés par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) n'ont pas eu lieu. Cette tentative de bloquer le scrutin dès le premier tour a donc échoué. La participation, selon les premières estimations communiquées lundi par la mission des observateurs de l'Union européenne, aurait dépassé les 50 %. Le président par intérim, Dioncounda Traoré, a même déclaré en votant dimanche : " De mémoire de Maliens, c'est le meilleur scrutin qu'on organise depuis 1960 - année de l'indépendance - . "
Il s'agit moins d'un diplôme d'excellence décerné au scrutin du jour, que de l'aveu, en creux, de traditions électorales délétères dans un pays où, pourtant, les groupes d'observateurs ont constamment exprimé leur satisfaction à chaque élection depuis la chute, en 1991, du dictateur Moussa Traoré (qui coule des jours heureux dans le pays), tout en reconnaissant quelques " défauts " à des scrutins contestés par l'opposition, pour de bonnes raisons.
Voici le Mali devant le piège d'une nouvelle élection " à défauts ", que ne compense pas le fait qu'elle se tienne sous protection internationale, l'armée malienne étant appuyée par la mission des Nations unies, elle-même soutenue par des troupes françaises de l'opération " Serval ".
Les risques des élections approximatives tenues sous protection internationale sont connus : le cas du Congo-Kinshasa, où la fin du conflit a été annoncée un peu vite, alors que s'y rallument les mêmes foyers d'instabilité, est là pour le rappeler. Pour savoir si le Mali va échapper à cette spirale de l'échec, il ne lui suffira pas de voir s'organiser des élections sans violence. Il faut aussi que le scrutin apparaisse comme légitime à sa population, comme à ses voisins. Or il existe des incertitudes sur ce premier tour, comme, par exemple, le nombre exact d'inscrits n'ayant pu voter, quoique en possession de leur carte d'électeur. Ou encore le fait que des jeunes, des déplacés, des réfugiés, des Maliens de l'étranger (voir l'inexplicable chaos à Paris) n'aient pu voter.
Cette zone d'ombre, ainsi que d'autres encore, est de celles qui ont détruit la réputation des élections passées dans le coeur des Maliens. La preuve : à peine un tiers des inscrits allait glisser son bulletin dans l'urne dans le Mali si démocratique en apparence d'avant le coup d'Etat. Encore une partie de ces votes était-elle achetée.
Parallèlement à ce travail de sape, une dégradation du fonctionnement de l'Etat s'est engagée dans le pays. Les trafics de stupéfiants ont touché les plus hautes sphères, politiques ou militaires. Une industrie des otages est née, qui avait ses clients. Les chefs d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), venus d'Algérie, traitaient avec des intermédiaires qui avaient leurs entrées au palais présidentiel.
Puis l'armée s'est effondrée et le pouvoir est tombé. Début 2012, alors que les militaires maliens subissaient des revers au nord, face à une coalition de groupes armés (touareg et djihadistes), plusieurs coups d'Etat étaient en préparation à Bamako. C'est finalement un groupe d'outsiders qui a ramassé le pouvoir, composé de sous-officiers, d'hommes du rang et d'officiers subalternes, avec un capitaine à sa tête. Ensuite, l'armée a cessé de combattre. Les putschistes, à Bamako, ne sont jamais montés armes à la main vers le nord, dont la conquête a été achevée en quelques semaines par la coalition rebelle, d'où ont émergé bientôt AQMI, le Mujao, et leurs alliés.
Est-ce que l'Etat malien s'est alors effondré, comme on le dit si souvent ? La réponse est complexe. Dans la moitié du sud du pays, on a continué à travailler ; l'administration s'est redéployée. On a même augmenté de 15 %, au cours de 2012, la production d'or, dont le Mali est le troisième producteur africain, pour atteindre 50 tonnes (20 % du PNB). Mais on ignore la manière dont les taxes versées par les groupes miniers ont été utilisées. On ignore aussi dans quelles circonstances le dernier conseil des ministres, le 24 juillet, a conclu l'attribution de trois blocs pétroliers dans la région du bassin de Taoudéni. Les signatures de ce type s'accompagnent en général de confortables " bonus ".
C'est autour de ces questions et de la façon dont le futur président parviendra, ou pas, à instaurer la confiance, que se joue l'avenir du Mali. Le pays va bénéficier d'une aide importante : près de 3 milliards d'euros ont été promis par les bailleurs de fonds, attendant théoriquement que des autorités légitimes soient mises en place.
La légitimité des nouvelles autorités maliennes est d'une importance capitale puisque c'est elle, aussi, qui donnera le ton aux futures négociations avec les rebelles touareg. L'armée malienne a commencé à se redéployer dans le nord, notamment à Kidal, sans entraîner d'incidents majeurs, en raison de la présence de troupes des Nations unies, et d'un accord signé à Ouagadougou le 18 juin, qui prévoit que des négociations devront être engagées au plus tard quarante jours après la nomination d'un nouveau gouvernement au Mali.
Le nord du pays pourra-t-il bénéficier d'un statut particulier, avec une autonomie poussée ? C'est une éventualité. Sur ce Nord, riche de ressources minières et pétrolières encore inexploitées, l'Algérie a quelques velléités d'influence. Le futur président pourrait ne pas la trouver à son goût. La sortie de crise implique donc une dimension régionale délicate, parallèlement à des arbitrages locaux explosifs. Les rebelles touareg ne seront pas les seuls interlocuteurs du gouvernement. Il est prévu que d'autres groupes, armés ou pas, soient invités à la table des négociations. Certains peuvent jouer le blocage : là encore, l'autorité d'un président élu dans de bonnes conditions devra faire des merveilles.
Puis il faudra accompagner la renaissance de l'armée malienne, continuer le combat contre les groupes djihadistes, veiller au départ des troupes françaises. Et avant cela, le nouveau pouvoir devra aussi organiser des élections législatives après avoir encadré le retour chez eux des réfugiés et des déplacés. Sans réveiller les antagonismes mis à vif par les mois de guerre au nord. C'est dire s'il est un peu tôt pour triompher.
Jean-Philippe Rémy

© Le Monde

Burkina Faso : les Evêques inquiets de la situation nationale


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23/07/2013

L'excision reste une pratique généralisée dans une quinzaine de pays d'Afrique

 24 juillet 2013

Trente millions de femmes seront victimes de mutilations sexuelles dans les dix ans à venir, selon l'ONU




Plus de 125 millions de jeunes filles et de femmes d'Afrique et du Moyen-Orient vivent en ayant subi une mutilation sexuelle - le plus souvent une excision -, selon les chiffres inédits publiés par l'Unicef, lundi 22 juillet. Cette évaluation a été établie à partir des études réalisées au cours des vingt dernières années dans les vingt-neuf pays les plus touchés par ces pratiques.
Au niveau planétaire, l'estimation avoisinerait 140 millions de femmes et fillettes, selon l'agence des Nations unies consacrée aux droits de l'enfant.
Les nouvelles données intègrent pour la première fois des informations recueillies auprès des " jeunes filles de moins de 15 ans, permettant de cerner les dynamiques les plus récentes sur les pratiques - de mutilation - ".
Elles montrent que, en dépit de nets reculs observés dans certains pays, les interventions chirurgicales consistant à enlever en totalité ou en partie les organes génitaux externes de la femme demeurent largement répandues. Trente millions de fillettes ou d'adolescentes - dans la moitié des pays étudiés, la majorité des filles excisées le sont avant l'âge de 5 ans - risquent encore d'en être victimes dans les dix prochaines années, selon l'Unicef.
En tête des pays où ces mutilations demeurent la règle quasi absolue : la Somalie, avec 98 % des filles et des femmes de 15 à 49 ans excisées ; la Guinée avec 96 % ; Djibouti avec 93 % ; et l'Egypte avec 91 %.
" C'est la première fois que l'on dispose d'une vision comparative qui, non seulement nous renseigne sur l'ampleur du phénomène, mais nous permet de voir l'évolution d'une génération à l'autre ", explique le porte-parole de l'Unicef pour l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, Laurent Duvillier.
Si la situation reste préoccupante dans nombre de pays, l'Unicef souhaite aussi montrer des évolutions positives. Ainsi, au Liberia, si 85 % des femmes entre 45 et 49 ans sont excisées, elles ne sont plus " que " 44 % entre 15 et 19 ans. Au Kenya, ces pourcentages passent de 49 % à 15 % entre les deux classes d'âge et au Burkina Faso de 89 % à 58 %.
Ces changements obtenus sur une trentaine d'années n'ont pas été aisés. " Nous avons compris que, pour faire évoluer les situations, ce n'était pas tant les choix individuels que les pratiques sociales, leur influence, comme la peur de ne pas trouver de mari, d'être exclue d'un groupe, qui jouaient un rôle important ", analyse M. Duvillier.
Dans vingt-cinq des vingt-neuf pays étudiés, ces mutilations sont interdites par la loi. Sans effet notable. Les coutumes sociales, familiales, ethniques pèsent. Dans certains pays, bien que se disant hostiles à cette pratique, des mères de famille la reproduisent. En Gambie par exemple, 54 % des filles dont les mères estiment que cette pratique doit cesser ont été excisées, contre 75 % pour celles dont les mères pensent qu'il faut continuer. Le scénario est identique en Mauritanie, au Soudan, etc.
Derrière les statistiques nationales, de grandes différences apparaissent selon l'appartenance ethnique. " Les mutilations génitales féminines sont étroitement liées à certains groupes ethniques, ce qui suggère que les normes sociales et les attentes au sein de communautés d'individus partageant les mêmes convictions jouent un rôle important dans la perpétuation de ces usages ", écrit l'Unicef.
Au Bénin, 72 % des filles peules ont été excisées mais aucune s'agissant des ethnies Adjas et Fons. Au Sénégal, les mêmes Peuls pratiquent ces mutilations génitales alors que les Wolofs non.
" L'influence sociale ou régionale sur ces pratiques se vérifie à l'intérieur même d'une ethnie, explique M. Duvillier. Au Sénégal, par exemple, aucune fille ou femme wolof n'est recensée comme ayant été excisée dans la région de Diourbel, au centre du pays, alors qu'un tiers des femmes de cette même ethnie le sont dans la région de Matam, au nord-ouest, où les Wolofs sont en contact avec les Peuls, ultramajoritaires dans cette zone. " Comment faire reculer ces pratiques ? Alors qu'elles sont souvent considérées comme l'expression d'un " contrôle patriarcal sur les femmes, sous-entendant ainsi que les hommes en seraient d'ardents défenseurs ", certaines données indiquent que femmes et hommes manifestent une volonté équivalente d'y mettre fin, note l'Unicef. En Guinée ou au Tchad, les hommes seraient même plus nombreux que les femmes à vouloir l'arrêt de l'excision.
Une question reste en débat : faut-il encourager des formes plus " modérées " de mutilations comme solution transitoire ? Non, répond l'Unicef, qui juge cette solution peu prometteuse et préfère soumettre la situation actuelle " à l'examen du grand public, de manière respectueuse ". " Le changement viendra de la confrontation avec ceux qui n'ont pas recours à ces pratiques ", espère Laurent Duvillier.
Rémi Barroux
© Le Monde